Ce texte est une pièce du dossier de l’article « L’avenir n’est pas un pronostic ». Cet article part d’un constat simple : une défaite ne commence jamais par un échec, elle commence par un renoncement, et les raisons qui la justifient sont produites après lui. Il nomme la discipline qui permet d’y résister, la propositivité, et expose ce qu’elle implique pour ceux qui entendent construire des territoires vivants. Les démonstrations et les sources ont été sorties du texte principal pour être traitées à part, dont celle-ci.
Ce texte établit pourquoi ce mot a dû être construit, ce qu’il désigne exactement, et sur quoi il repose.
Ce que le texte affirme
Le chapitre Le pronostic et la décision introduit un néologisme construit pour l’occasion, et le définit comme la discipline qui transforme un constat en possibilité, une possibilité en proposition, et une proposition en premier acte.
Ce que cette annexe démontre
Forger un mot demande à être justifié, faute de quoi le procédé passe pour une coquetterie ou pour une manœuvre.
Cette annexe établit pourquoi aucun mot existant ne convenait, ce que le terme désigne exactement, et sur quoi il repose. Elle expose également ce qui distingue une discipline d’une attitude, distinction dont dépend l’efficacité de tout ce qui précède.
La démonstration
Pourquoi un mot nouveau. Quatre candidats se présentaient, et tous introduisaient un contresens.
L’optimisme désigne une attente favorable quant à l’avenir. Le texte établit qu’un pronostic, favorable ou non, demeure une position d’observation.
La pensée positive prescrit d’écarter le constat défavorable. La propositivité conserve le constat entier et n’en retranche rien.
La résilience désigne la capacité à encaisser et à se rétablir. Elle décrit une propriété subie, non une décision prise.
La proactivité désigne l’anticipation et l’initiative, ce qui est utile mais n’engage ni le regard porté sur la situation ni la relation aux autres.
Formation du terme. La propositivité associe la proposition et la positivité.
La proposition renvoie à une exigence stricte, formulée dans le texte comme règle : aucune objection sans la proposition qui l’accompagne. Une critique sans itinéraire ne corrige rien.
La positivité désigne l’orientation du regard, non un état d’âme. Elle consiste à chercher ce qui peut fonctionner et à y porter l’effort. Il s’agit d’une opération d’attention exercée volontairement, et l’attention étant une ressource limitée, cette orientation relève de l’économie des moyens autant que de la disposition intérieure.
La définition. La propositivité transforme un constat en possibilité, une possibilité en proposition, et une proposition en premier acte.
Les trois temps sont solidaires. Un constat qui ne devient pas possibilité reste un verdict. Une possibilité qui ne devient pas proposition reste une rêverie. Une proposition qui ne devient pas acte reste une intention, et l’annexe consacrée au passage à l’action montre qu’une intention non datée ne se réalise qu’une fois sur trois.
Discipline et non attitude. Une attitude se porte, une discipline s’exerce. La première se constate, la seconde se travaille, se tient et se perd faute d’entretien. La propositivité engage ce que nous regardons, ce à quoi nous consacrons notre temps, ce que nous acceptons de dire et ce que nous refusons de répéter. Elle relève de la volonté, et rien n’y est acquis définitivement.
Le fondement. La propositivité repose sur ce qui distingue l’humanité parmi les espèces qui transforment leur milieu.
L’humanité est une espèce ingénieure, comme le castor, le ver de terre ou le corail, et modifier son milieu constitue sa nature plutôt qu’une faute. Elle possède en revanche deux facultés que nulle autre espèce ne détient. La conception, qui permet d’imaginer un état qui n’existe pas encore et de travailler à l’atteindre. Et l’intelligence collective, qui permet d’additionner les esprits par un langage porteur d’images et de concepts, transmissible d’une génération à la suivante. Une termitière tient par des règles simples ; une cathédrale suppose un plan conçu, partagé et poursuivi par des hommes qui ne la verront pas achevée.
Ces deux facultés demeurent sans effet tant que la volonté de réaliser ne s’y ajoute pas. La propositivité désigne précisément l’exercice de cette volonté.
Ce que cela établit
Le mot désigne une réalité que le vocabulaire existant ne couvrait pas : une discipline volontaire d’orientation du regard et de conversion du constat en acte, fondée sur les deux facultés propres à l’espèce humaine.
Ce que cela signifie pour nous
Cette discipline constitue le fondement du travail conduit par Œtopia, pour une raison de méthode et non de philosophie.
Restaurer la capacité d’adaptation d’un territoire suppose de réunir des personnes qui ne se connaissent pas, de tenir un cap sur plusieurs années, et de traverser des échecs qui fourniraient à chaque étape d’excellents motifs d’abandon. Aucune compétence technique ne produit ce résultat. Une compétence technique portée par un collectif qui a décidé de réussir le produit.
Un Cahier Œtopia consacré à la propositivité développera ces principes, leurs sources et leurs applications.
Cette démonstration appartient au dossier de l’article « L’avenir n’est pas un pronostic », qui expose la discipline dont elle constitue l’une des pièces.
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